De l'art et de la difficulté d'être pédagogue...

Prof à domicile dans une vie antérieure, j'ai souvent conseillé aux familles d'offrir un instrument de musique à leur(s) enfant(s). Le fait est que mes élèves n'étaient pas tous des cancres, et que les plus doués d'entre eux pratiquaient aussi un instrument de musique à un très bon niveau.

Pourquoi les petits musiciens sont-ils (elles) aussi souvent de très bons élèves ? À cause de la discipline - terme polysémique - de fer que cela implique. En rentrant de l'école, du collège ou du lycée, le cancre lambda se rue immédiatement sur sa Playstation, aujourd'hui sur son smartphone, voire sur les deux, et va ainsi passer des heures à télécharger de la daube sur l'Internet ou à se raconter des histoires sans queue ni tête avec des camarades, quand il ne va pas passer la soirée à jouer à ces simulations de massacres en bandes organisées qui sont à l'origine de bien des rixes mortelles entre bandes rivales, voire de "shootings" comme il s'en produit tous les quatre matins dans certains pays. Je rappelle, en passant, que toutes les fusillades mortelles survenant dans des établissements scolaires aux Etats-Unis, mais aussi en Europe (Allemagne) et ailleurs, sont le fait d'anciens élèves renvoyés d'un collège ou d'un lycée pour mauvaise conduite, tous ces garçons s'étant avérés "accrocs" aux jeux vidéo les plus violents du marché.

Mais j'étais parti pour évoquer les jeunes musiciens. Dans cette catégorie, il est évident que pour travailler un morceau au piano, violon, saxophone..., il faut pouvoir disposer d'un environnement familial propice à la pratique d'un instrument. Il faut ensuite pouvoir se dire : "J'éteins le téléphone, la télé... et je fais mes gammes." Ce qui requiert une excellente hygiène mentale.

Mais ce n'est pas tout : le solfège est un langage aussi rigoureux que les mathématiques, qui vous impose de ne pas confondre une noire avec une noire pointée ou une pause avec une demi-pause, ou un soupir avec un demi-soupir. Un langage de précision, qui ne laisse donc aucune place à l'à peu près.

Ajoutez à cela que le jeune musicien voit son professeur de piano, violon, saxophone... une fois par semaine, mais doit trimer sur ses partitions tous les jours, et seul ! Ce qui l'oblige à être le plus rigoureux possible avec lui-même, en se disant : "Ce passage n'est pas réussi, je recommence !". Et il/elle va ainsi reprendre un arpège, une mesure... autant de fois que nécessaire, et ce, jusqu'à la perfection, ou presque, toutes choses que l'enseignement traditionnel néglige : dans nos écoles, collèges, lycées..., on n'apprend jamais aux élèves à répéter, à re-commencer. À peine a-t-on traité un chapitre que l'on passe au chapitre suivant, ce qui constitue, à mes yeux, une des erreurs majeures du système éducatif traditionnel.

Allez sur Youtube ou Dailymotion constater par vous-même comment, avec juste une heure de cours par semaine (on y croise aussi moult autodidactes grâce aux formations, didacticiels et autres tutoriels disponibles en ligne !), bien des petits musiciens accèdent à une réelle virtuosité sur leur instrument, alors qu'après des années d'apprentissage du français, par exemple, un cinquième de nos élèves de primaire parvient à grand peine au collège en ne maîtrisant aucune connaissance de base comme le lu et l'écrit !

De fait, avec mes petits élèves musiciens, je me trouvais dans un confort intellectuel immense, dès lors que j'avais devant moi des sujets capables de s'auto-évaluer sans la moindre complaisance, donc habitués à remettre cent fois l'ouvrage sur le métier, et ce, aussi longtemps qu'ils n'étaient pas satisfaits de leur performance. Et, du coup, j'en suis arrivé à penser que les maths, langues, sciences et autres disciplines scolaires gagneraient à être enseignés par des profs férus de musique instrumentale. Et, dans l'histoire de la pédagogie musicale, il y a quelques grands noms bien connus. Prenons l'exemple du fameux Czerny.

Carl Czerny (1791-1857), élève de Johann Nepomuk Hummel, d'Antonio Salieri et de Ludwig van Beethoven. Par parenthèse, l'année de naissance de Czerny est aussi celle de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart. Pour moi, Czerny reste le plus grand pédagogue du piano classique, ses recueils d'exercices couvrant toute la palette des difficultés auxquelles un pianiste classique, du parfait débutant au virtuose, sera confronté.

Opus 599 : Der erste Lehrmeister (Le premier maître du piano). Sur la toute première pièce, on a des rondes (4 temps par note, soit toute une mesure !). J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé de partition pour pianistes débutants d'un illustre compositeur avec des pièces comportant des rondes. Czerny l'a fait, et grâce lui soit rendue pour cela.

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Un tiers de ce premier cahier d'exercices (opus 599) est dévolu à la seule clé de sol pour les deux mains. Et là, on se dit : "Waouh !". Ce qui fait que les deux mains du pianiste vont occuper la moitié droite du clavier. Il fallait oser ! Et comme ma bibliothèque personnelle est assez fournie, j'ai jeté un oeil dans la mythique Méthode Rose, et là, au bout de quelques leçons inaugurales, hop ! on aborde déjà la clé de Fa. Certes, on a pas mal de rondes et de blanches à la main gauche, mais quand même, la clef de Fa est abordée un peu trop vite à mon goût.

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Czerny s'est bien avéré parfait pédagogue, très patient avec ses élèves les moins aguerris ; un talent rare ! Le plus étrange est qu'il n'a pas eu d'enfants, étant mort célibataire et jamais marié. Et pourtant, notre homme a compris comment fonctionnaient les mains et la tête d'un pianiste débutant équipé de petites mains.

Les cinq doigts : do-ré-mi-fa-sol. Les doigts de chaque main reposent sur une touche par doigt. La main ne bouge pas ; seuls les doigts bougent ! L'un des rares auteurs à avoir eu recours à cette position (sans déplacement) est Béla Bartók dans ses Mikrokosmos. La chose semble couler de source, mais rares sont les auteurs de manuels pour le piano qui y ont fait appel.

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N° 32 : on aborde, enfin, la clé de Fa à la main gauche. Et il faut attendre le n° 39 pour voir apparaître la première altération (dièse) à la clé, soit la tonalité de Sol majeur. Je précise, à tout hasard, que la version de l'opus 599 que je possède a été doigtée par une grande figure du conservatoire de Paris, l'illustre Armand Ferté, dont je conteste certaines options, dès lors que j'estime qu'il avait juste oublié que les petits musiciens (enfants) abordant l'op. 599 de Czerny n'avaient pas des mains de la taille de celles d'un adulte !

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N° 42 : le premier bémol à la clé, soit la tonalité de Fa majeur, puis deux bémols... Cet opus 599 devrait être enseigné dans toutes les écoles, tous les collèges, tous les lycées dans le cadre des activités péri-scolaires. Je sais qu'il existe une école dans un quartier dit défavorisé de New-York, dont le directeur impose une formation musicale à tous ses élèves après les cours réguliers du matin. Je trouve que c'est une bonne initiative, dans la mesure où les petits musiciens sont rarement de mauvais élèves, en raison même de la discipline intellectuelle que leur impose le solfège : un la bécarre n'est pas un la dièse ni un la bémol.

Carl Czerny a produit des dizaines d'oeuvres de toute facture, notamment pour le piano, dont on peut affirmer sans crainte qu'elles permettraient à n'importe quel néophyte assidu de devenir un virtuose de l'instrument. Et, tout naturellement, au sommet de cet édifice pédagogique, on a, parmi plusieurs recueils de perfectionnement, les exercices de vélocité (op. 299), entre autres préparation à la virtuosité. Et, comme il se doit chez tout bon pédagogue, les difficultés sont progressives : on commence par des doubles-croches. Les triples et quadruples-croches apparaîtront bien plus tard.

czerny czerny
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On résume ?

J'ai jeté un oeil sur Wikipedia et découvert ça...

Son père, Wensel Czerny, excellent pianiste, commence à lui enseigner le piano alors qu'il n'a que trois ans. Très tôt, Carl joue ainsi par cœur des pièces des grands maîtres classiques : Bach, Haydn, Mozart, Clementi. Il compose ses premières pièces à l'âge de sept ans.

De 1800 à 1803, il est l'élève de Johann Nepomuk Hummel, Antonio Salieri et Ludwig van Beethoven, auprès de qui il prend des cours, deux fois par semaine, qui se révéleront précieux par la suite.

« Pendant les premières leçons, Beethoven m'occupa exclusivement à faire des gammes dans tous les tons, me montra la seule bonne position des mains et des doigts, alors encore inconnue de la plupart des exécutants, et particulièrement l’usage du pouce – règle dont je n’ai appris que plus tard à comprendre l’utilité. »

Son père ayant décelé chez lui des dons pédagogiques, il commence à enseigner à l'âge de 15 ans. Ses cours sont de qualité, ce qui fait de lui un professeur très demandé. Il a jusqu'à douze élèves par jour, chacun lui rapportant un ducat.

Il ne donne que peu de concerts publics et plus aucun après 1818, refusant même de se produire pour Beethoven alors qu'il avait créé le cinquième concerto pour piano en 1812. Il lui écrit une lettre expliquant que ses parents ont entravé sa carrière : étant chargé de famille, il doit se consacrer à la formation de ses élèves. Parmi eux figurent Franz Liszt et la reine Victoria. En 1823, Czerny organise une rencontre entre Beethoven et le jeune Liszt, rencontre qui fut pour Liszt mémorable et au cours de laquelle il exécuta devant Beethoven une des œuvres du maître (...).

Czerny laisse une autobiographie, Souvenir de ma vie, parue en 1842, et un recueil de Notices et Anecdotes sur Beethoven, paru dix ans plus tard.

Œuvres

Czerny laisse un catalogue de 861 opus publiés et un nombre considérable de pièces manuscrites. Les œuvres pédagogiques ne représentent qu'un dixième de l'œuvre complète.

Œuvres pédagogiques

Carl Czerny est surtout connu pour avoir écrit de nombreux recueils techniques. On retiendra à cet égard Les Heures du matin, op. 821, une série de 160 études à difficulté croissante.

Il semble que la principale obsession de Czerny ait été de décortiquer les difficultés techniques de l'œuvre de Beethoven. Il a par ailleurs laissé des commentaires précieux sur l'interprétation des œuvres pianistiques de Beethoven, dont il fut un grand interprète.

Parmi les plus connus des recueils techniques :

* Schule des Geläufigkeit (Étude de la vélocité), op. 299 ;
* Die Schule des Legato und Staccato (Étude du légato et du staccato), op. 335 ;
* 40 Täglische Studien (40 exercices journaliers), op. 337 ;
* Schule der Verzierungen (Étude de l'ornementation), op. 355 ;
* Schule des Virtuosen (École du virtuose), op. 365 ;
* Schule der linken Hand (Études pour la main gauche), op. 399 ;
* Schule der Fingerfertigkeit (L'Art de délier les doigts), op. 740.

Autres œuvres

Czerny a laissé 24 messes, 4 requiem, environ 300 graduels et offertoires, 6 symphonies, des concertos, 11 sonates, des variations, un nonet (1850), des trios avec piano et une vingtaine de quatuors à cordes. Parmi ces compositions « sérieuses », il est facile de trouver nombre de pages pouvant évoquer les Viennois Beethoven et Franz Schubert, et même Muzio Clementi et Felix Mendelssohn, dans les symphonies.

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