Vous allez finir par apprendre que je déteste les euphémismes, ces mots-valises qui ne veulent absolument rien dire, et que l'on vous balance à la figure en pensant que vous savez ce qu'ils veulent dire.
Un exemple : "Woke". Tout le monde a l'air de savoir ce que ça veut dire. Et ça veut dire quoi, à votre avis ? J'ai écrit sur la question sur un de mes blogs. Pour résumer : "woke" vient du Blues "Woke up this morning!" : Je me suis levé ce matin, et (presque toujours dans le Blues), voilà que ma copine s'était tirée, qu'un arbre s'était abattu sur ma maison, que ma boîte à lettres était bourrée de factures...". Donc, à l'origine, "Woke" voulait dire, au premier degré, s'être réveillé. Woke01 - Woke02 - Woke03
Par la suite, le concept a évolué vers le second degré : "s'éveiller, devenir vigilant, cesser de rêver, prendre conscience des problèmes, se prendre en charge, idées que la chanteuse Erykah Badu a popularisées dans une fameuse chanson intitulée : "I stay woke", avec "I" (MOI), parce que c'est MON problème, pas le vôtre ! Il s'en est suivi un courant spécifique à la communauté négro-américaine, qui s'est mobilisée sur un plan surtout intellectuel, consistant à dire : "Notre histoire, c'est à nous-mêmes et à personne d'autre qu'il incombe de la raconter.". À vrai dire, ce que je viens de vous raconter là ne constitue que la toute dernière évolution du concept "Woke", parce que, dans les faits, les choses avaient déjà bien évolué plusieurs décennies auparavant.
Woke is an adjective derived from African-American English used since the 1930s or earlier to refer to awareness of racial prejudice and discrimination, often in the construction stay woke. The term acquired political connotations by the 1970s and gained further popularity in the 2010s with the hashtag #staywoke. (...) The term acquired political connotations by the 1970s and gained further popularity in the 2010s with the hashtag #staywoke. Over time, woke came to be used to refer to a broader awareness of social inequalities such as sexism and denial of LGBTQ rights. Woke has also been used as shorthand for some ideas of the American Left involving identity politics and social justice, such as white privilege and reparations for slavery in the United States. (Source) Autre citation : Reclaiming the Word “Woke” as Part of African American Culture. WHEREAS, The term "Woke" was first highlighted in the 1962 essay, "If You're Woke, You Dig It", featured in the "New York Times" by Harlem-based writer William Melvin Kelley who documented the cultural appropriation and distortion of language, resulting in certain idioms being abandoned by their original Black creators… (Source) |
Pour bien comprendre le phénomène, prenons ce fameux film de John Ford, avec John Wayne dans le rôle principal : "La prisonnière du désert". Il y était question d'un quidam dont la nièce avait été enlevée par une tribu amérindienne, lançant le héros à la poursuite des ravisseurs. Ford a jugé utile de faire appel à un acteur blanc : John Wayne en personne. Le seul problème est que le film était tiré d'une histoire vraie, et que le véritable protagoniste de l'histoire n'était pas blanc mais noir !
Les notes de recherche conservées de l’auteur Alan Le May indiquent que les deux personnages qui partent à la recherche d’une fille disparue ont été inspirés par Britton Johnson, un Afro-Américain conducteur de chariots qui racheta sa femme et ses enfants capturés aux Comanches en 1865. Par la suite, Johnson effectua au moins trois voyages dans l’Indian Territory et au Kansas, cherchant sans relâche une autre fille kidnappée, Millie Durgan (ou Durkin), jusqu’à ce que des assaillants kiowas le tuent en 1871. (Source) |
Et c'est là que le mouvement "Woke" prenait tout son sens, à savoir rappeler au grand public bien des vérités qui lui avaient toujours été dissimulées par les médias dominants, une de ces vérités étant le vrai héros de la Prisonnière du désert était noir, que tous les cow-boys n'étaient pas blancs, contrairement à ce qu'Hollywood s'était toujours appliqué à mettre en scène dans des films, mais qu'il y avait parmi eux une forte proportion de noirs. À titre d'exemple : une fameuse figure d'immobilisation d'un taureau lors d'un rodéo, le bulldogging, avait été inventée par un fameux acteur de rodéo : Bill Pickett, qui était noir.
Et, comme souvent, bien des indécrottables racistes ont vu dans l'émergence d'un mouvement "woke" une menace pour leur propre hégémonie, les médias dits dominants ayant pris l'habitude de parler au nom de tout le monde, s'arrogeant le droit d'être des porte-parole universels, ce qui est faux ! Voilà qui explique la profusion d'articles et d'essais qui se voudraient "anti-woke". Seulement voilà : le mouvement "woke" a énormément bénéficié de la démocratisation des outils de la communication de masse, au premier rang desquels figure l'Internet 2.0, celui des blogs et des réseaux sociaux. Et là, les médias dits mainstream ont dû se rendre à l'évidence : ils n'étaient plus dominants du tout !
Autre euphémisme fort apprécié de certains médias : les écrans, et là, on s'interroge : de quoi parle-t-on ? De quoi ces gens parlent : d'ordinateurs, de consoles de jeu vidéo, de la télévision, des smartphones, des tablettes électroniques ? Au fond, on ne sait pas trop. On nous dit juste que les jeunes d'aujourd'hui passeraient trop de temps "devant les écrans", ce qui ne veut absoluent rien dire !
Illustration : un de ces papiers dont la grande presse raffole, s'appuyant sur une étude apparemment scientifique, entendez non susceptible de critique, et pourtant tellement critiquable. Il y est, donc, question d'un lien entre surexposition aux "écrans" et faiblesse du vocabulaire chez de jeunes enfants. Et là, je dois affirmer que mon expérience personnelle de la chose m'a montré qu'il n'en était rien ! Enfin, tout dépend de ce qu'on appelle "les écrans".
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Faute d'une définition précise de ce qu'on entend par "écrans", on en est réduit à chercher des indices, comme ce passage que j'ai mis en exergue : "en regardant les écrans cinq heures par jour". Et là, je dois vous avouer que je trouve le chiffre tout à fait extravagant : il s'agit de jeunes enfants ne fréquentant aucune institution, gardés par aucune nourrice ? Imaginez-vous un instant une nourrice chez laquelle des bambins passeraient cinq heures à "juste regarder" des écrans ? Imaginez-vous un jardin d'enfants ? Autant dire que ces cinq heures passées à "regarder" concernent uniquement le domicile familial. On en connaît tous, des parents assez irresponsables pour laisser de très jeunes enfants s'ennuyer devant la télévision. J'ai bien dit "la télévision" et pas "un écran". Dans les pages précédentes, je présente un petit Tom qui passait le clair de ses journées à jouer de la télécommande.
Donc, les fameux écrans dont il est question sont ceux qu'on se contente de regarder, soit la télévision ou un smartphone, encore qu'avec ce dernier, on peut converser avec quelqu'un. Mais il s'agit ici de très jeunes enfants. On peut, donc, éliminer le smartphone, tout comme la console de jeu vidéo, qu'on ne se contente pas de regarder, mais aussi d'actionner, afin de déplacer les personnages et autres objets impliquées dans une aventure.
De même qu'on peut éliminer l'ordinateur, car on voit mal des sujets d'âge pré-scolaire, comme cela est suggéré ici même, parvenir à manipuler cet outil plutôt sophistiqué, hormis dans certains cas. Observons qu'ici, les "écrans" ne parlent pas. Forcément ! Car, s'ils parlaient (les ordinateurs actuels ne sont-ils pas parlants ?), les enfants occupés à les observer entendraient des mots, dont de nombreux termes inconnus, ce qui ne pourrait qu'enrichir leur vocabulaire.
Pour preuve : je reviens à mon expérience avec la petite Kikuko. Sa mère m'appelle à l'aide car la gamine risque de redoubler la Petite Section de Maternelle. Normal : la mère ne lui parle que japonais et le père, français, n'est jamais là. Du coup, à la Maternelle, la gamine manque de vocabulaire - alors même qu'elle est tout à fait volubile en japonais - et ne parvient pas vraiment à communiquer avec ses camarades, ce qui la rend agressive. Et pour bien se rendre compte du retard affiché par la fillette en termes d'élocution, elle disait "eussa" (le chat), "sussure" (chaussure), comme un bébé de dix-huit mois !
La mère ne voulant pas prendre de babysitter, il m'est venu l'idée d'agrémenter les séances de travail en tête à tête de séquences que l'enfant passerait devant un petit ordinateur parlant que j'avais équipé de quelques programmes éducatifs. Le succès a été immédiat : pour une fois, hormis moi-même, l'enfant avait un partenaire qui lui parlait en français. Par chance, la mère avait aussi un ordinateur, sur lequel j'ai installé divers programmes. Nous étions au début des années 2000. Notre petite Franco-japonaise a vu son vocabulaire français s'améliorer de jour en jour, au point que la menace de redoubler la Petite Section s'est rapidement estompée, le tout grâce à un petit ordinateur parlant.
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Un petit ordinateur parlant a été en mesure d'assister une mère un peu débordée en occupant intelligemment son enfant lors d'activités qui exigeaient de la concentration et beaucoup de calme. Ci-dessus, il s'agissait d'identifier au sein d'un "trombinoscope" les deux moitiés parfaitement complémentaires d'un visage. Je me mettais volontairement en retrait en observant l'enfant travailler. Le fait est que l'ordinateur est un formidable pédagogue, capable d'apprendre aux enfants à travailler en autonomie. Si seulement parents et enseignants pouvaient en prendre conscience !
Aujourd'hui, des programmes bien plus perfectionnés permettraient à un enfant d'échanger de véritables conversations avec la machine, dans le genre :
- Comment t'appelles-tu ?
Et, à la session suivante, grâce à l'Intelligence Artificielle et aux progrès de la reconnaissance faciale, l'ordinateur reconnaîtrait automatiquement l'enfant, l'appelant par son nom. Et grâce à la reconnaissance vocale, la machine enregistrerait les fautes d'élocution de l'enfant, lui faisant répéter des mots ou des phrases, la soumettant à des quiz et à des tests de reconnaissace d'objets, d'animaux, de couleurs, de formes, etc., toutes choses, dont les prémisses étaient déjà disponibles sur les "écrans" d'ordinateurs il y a une vingtaine d'années. C'est à croire que les parents évoqués dans l'article cité vivent dans je ne sais quel bled paumé ne disposant pas de l'électricité, ce qui est peu probable. Il faut bien de l'électricité pour allumer les fameux "écrans", non ?
Tout le monde a compris que le problème, ici, ne venait pas des "écrans" mais uniquement de la stupidité des parents ? Il est précisé plus haut que l'on avait affaire à des enfants entre neuf mois et deux ans, autant dire des bébés, donc, confiés normalement à leurs parents, pour peu que ces derniers aient le temps de s'en occuper, ce qui ne semble pas être le cas ! Car, pour laisser un bambin de deux ans, voire de neuf mois, seul face à une machine dont il ne maîtrise pas le fonctionnement, avec le risque qu'il démolisse l'objet, au risque de s'électrocuter, il faut être d'une phénoménale bêtise, et bien des parents en font la démonstration tous les jours, comme ceux, par exemple, capables d'oublier un enfant sur l'aire de repos d'une autoroute.
Retour sur le terrain. Le fait est que la campagne anti-écrans, sans autre précision, fait que pas grand monde ne réalise les potentialités de ces petits outils électroniques qui sont bien plus que de simples jouets. Pour sa part, la firme V'tech s'est spécialisée dans la fabrication de mini-ordinateurs en forme de jouets, de véritables outils pédagogiques, dont je rappelle que c'est grâce à l'un d'eux que la petite Samira a appris à déchiffrer tout l'alphabet, alors qu'elle n'avait pas trois ans. Le plus étonnant, c'est le faible prix de ces ordi-jouets. Prenez le fameux Genius.
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Le Genius est accessible à des enfants de six ans, mais il existe moult modèles pour des enfants bien plus jeunes : dès un an ! Je rappelle que ce sont des outils parlants, fort utiles, par exemple, auprès d'enfants dont les parents ne sont pas eux-mêmes à l'aise avec la langue française ou anglaise. Imaginez toutes ces familles où l'on parle à la maison la langue du pays d'origine bien plus que celle du pays d'adoption, avec toutes les conséquences que cela entraîne : des enfants de "migrants" arrivant à l'école avec un sérieux retard de langage, à l'instar de la petite Kikuko, comme preuve que ces petites machines sont tout sauf des gadgets.
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À la réflexion, si des enfants peuvent apprendre moult choses à l'aide de jouets en forme d'ordinateurs, pourquoi ces outils pédagogiques ne seraient-ils pas utilisés pour former des adultes ? On croise régulièrement en ville des adultes qui vous interpellent pour que vous les aidiez à lire le prix d'un article dans une supérette, la direction à prendre dans le métro. Ces adultes ne savent pas lire, et ils sont plus nombreux qu'on ne le pense. Qui n'est jamais tombé, dans un bureau de poste, une banque, une administration, sur un adulte ne parlant pas la langue du pays, donc d'origine étrangère - sans pour autant être un touriste -, flanqué d'un gamin ou d'une fillette chargé(e) d'assurer la traduction ? Un spectacle toujours pénible à vivre, car l'on devine le sentiment d'humiliation habitant l'enfant qui voit son parent ainsi rabaissé.
Et dire qu'avec de tout petits ordinateurs en plastique et si bon marché, nos "migrants" apprendraient tranquillement à lire et à écrire chez eux, sans pression ni stress, éventuellement avec l'aide de leurs propres enfants scolarisés ! Je rappelle qu'en France, par exemple, l'instruction obligatoire s'arrête à seize ans. Au-delà, vous vous débrouillez !
Pour résumer : "écran" est un mot-valise mis à toutes les sauces par des gens peu doués pour la pédagogie - ce qui pourrait expliquer l'ostracisme de bien des responsables scolaires pour l'ordinateur, se servant de la chose comme d'un alibi -, dès lors que l'écran n'est que la partie visible d'un objet à usages multiples : le jeu, le divertissement, l'enseignement. En clair, ce n'est pas la plaque translucide affichant des textes et des images qui est en cause mais le contenu de ce qu'elle est censée afficher. C'est à croire que, pour les ennemis des "écrans", ces derniers n'afficheraient que du nocif ou du désagréable, ce qui est totalement faux ! Je réaffiche ici des images déjà présentées ailleurs.
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Citation : Selon l'OCDE, l'ordinateur permet aux enfants d'améliorer leurs performances (02.03.2023).
| L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier les résultats de recherches effectuées dans ses 30 pays membres, y compris au sein de l'UE, selon lesquels les enfants familiarisés dès leur plus jeune âge à l'ordinateur sont plus performants que les autres dans certaines branches clés telles que les mathématiques. L'étude a révélé que les étudiants qui utilisaient un ordinateur depuis moins d'un an (10 pour cent de l'échantillon) obtenaient des résultats inférieurs à la moyenne de l'OCDE. En revanche, les performances des étudiants utilisant un ordinateur depuis plus de cinq ans (37 pour cent de l'échantillon) étaient supérieures à la moyenne OCDE. Selon le rapport, si l'on observe le lien direct entre performances mathématiques et utilisation de l'ordinateur, la constatation suivante s'impose: "Dans les pays de l'OCDE, les étudiants disposant d'un ordinateur à domicile réalisent un score moyen de 514 points en mathématiques, alors que ceux n'ayant pas d'ordinateur chez eux n'obtiennent - toujours en moyenne - que 453 points. Cette différence substantielle au niveau des compétences mathématiques équivaut à un niveau entier de compétence sur l'échelle PISA qui en compte six pour les mathématiques. En moyenne, les étudiants qui disposent d'un ordinateur à la maison réalisent des performances de niveau 3, les autres de niveau 2." (Source) |