Pas une réforme, une révolution ! Certes. Mais Martin Luther, un révolutionnaire ? On demande à voir ! Le fait est que sa réaction ulcérée face aux jaqueries paysannes a montré qu'il n'était rien d'autre qu'un moine défroqué mais resté farouchement conservateur en matière d'organisation sociale. Tout le contraire d'un démocrate au sens moderne du terme. Et c'est bien là tout le problème : des siècles avant la Réforme protestante, d'autres tentatives de remodélage de l'organisation religieuse avaient eu lieu ici ou là. On en citera les deux plus notables : les Cathares, en France, et les Hussites, disciples de Jean Hus, dans ce qui sera plus tard la Tchécoslovaquie. Autant dire qu'en matière de réforme religieuse, Luther n'aura été que le suiveur de gens qui avaient eu moins de chances que lui, ayant été massacrés sans autre forme de procès.

Et c'est là que Luther aurait pu (dû) faire preuve d'un peu plus de jugeote, dès lors que tant les Cathares que les Hussites ont bien tenté de renverser la table, mais pas uniquement sur le plan religieux, mais également en matière d'organisation de la cité, ce qui était proprement révolutionnaire sur le plan politique et social. Or, Luther était parfaitement informé, en sa qualité de préfacier de Jean Hus, de la portée sociale des "hérésies" antérieures.

Le fait est qu'à elle seule, la foi religieuse n'a jamais nourri grand monde, et ce, contrairement à ce que pourraient prétendre certains bonimenteurs et autres "prophètes", qui vous inciteraient à endurer toutes sortes de souffrances ici-bas, sachant que vous serez récompensés en accédant au paradis. La belle affaire ! Toujours est-il que tant les Cathares que les Hussites se sont acharnés - surtout les premiers - à rendre vrai l'adage "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", en invoquant le droit au bonheur pour tous, dès maintenant, sans attendre un hypothétique accès au paradis. Autant dire que, faute par Luther d'avoir bien analysé tous les tenants et aboutissants sociaux et politiques des "hérésies" précédentes, entre le réformateur religieux et les laissés pour compte de la société allemande - encadrés, eux, par d'authentiques agitateurs publics à l'instar de Thomas Müntzer - le divorce était couru d'avance.

À suivre...

 

 

 

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