• Chapitre II

  • Chapitre III


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    Des années que je m'impose le supplice d'apprendre la langue russe. Les raisons en sont multiples mais je pourrais citer, en passant, La Dame de Pique, opéra de Piotr Illitch Tchaikovsky, sur un livret d'Alexander Pouchkine, un des plus grands poètes russes, dont j'ai découvert, un jour, qu'à l'instar d'un autre grand Alexandre (Dumas), il avait des ascendants africains.

    pouchkine dumas

    Lire Pouchkine, Tolstoï, Gorki et plein d'autres dans le texte, je tiens absolument à y parvenir un de ces jours. Seulement voilà : en autodidacte, il faut dénicher la bonne méthode, et dans ce domaine, il y a à boire et à manger. Je vais, donc, présenter ci-dessous un certain nombre d'ouvrages, dont certains ont bien failli me dégoûter de l'apprentissage du russe.

    Commençons par des considérations générales : le russe, c'est un alphabet distinct du latin. On dit cyrillique. Et là, comme en allemand, il existe une écriture cursive (manuscrite), dont j'estime qu'elle ne présente aucun intérêt pour un néophyte, surtout parce que Cyril était tout sauf un pédagogue, d'où ces caractères incohérents, voire sans queue ni tête, à se demander si notre prêtre n'abusait pas de temps en temps de substances hallucinogènes. Mais je m'égare !

    cyrillique

     

    Prenez l'allemand, qui utilise deux types de lettres d'imprimerie : l'alphabet latin ordinaire et sa version dite gothique (Fraktur en allemand), deux types auxquels s'ajoute, donc, l'écriture cursive. Je dois vous avouer qu'ayant fait de l'allemand de façon intensive à l'université, notamment via un mémoire sur la Bible traduite par Luther (et imprimée en Fraktur), je me suis bien gardé de toucher à l'écriture manuscrite, trop biscornue à mon goût, et l'oeuvre de Martin Luther ayant été intégralement transcrite en allemand moderne. Ci-dessous, à gauche, un texte rédigé de la main de Luther et, à droite, un fragment de texte en Fraktur, bien plus facile (moins difficle) à lire que son voisin.

    luther luther

    Si vous apprenez le russe, le grec, le chinois, le hindi ou le coréen, voire toute autre langue recourant à un alphabet autre que l'alphabet latin, ce n'est pas pour aller déchiffrer d'obscurs manuscrits dans des archives - mission dévolue à des chercheurs, historiens, archivistes et autres généalogistes -, mais avant tout pour lire le journal, des livres, des textes sur l'Internet. Donc, l'alphabet manuscrit, s'il existe, on l'oublie pour le moment. Cette considération d'évidence ne semble pourtant pas avoir intéressé les auteurs du manuel qui suit, dans la collection Méthode 90 de l'excellent éditeur Le Livre de poche.

    russe russe
    russe
    russe

    Je rentre chez moi, tout content d'avoir une méthode de russe que je pressens de bonne qualité, et là, patatras ! Qu'est-ce que ça vient faire là ? De l'écriture manuscrite ? Dans un manuel pour débutants ? Du grand n'importe quoi !

    Comble d'incompétence : nos deux auteurs, dont les patronymes n'ont pas grand chose de russe, ont cru bon de devoir en rajouter une couche en incluant à leur ouvrage une fausse écriture manuscrite consistant en lettres d'imprimerie censées "imiter" l'écriture cursive. Une pure hérésie !

    Du coup, vaguement écoeuré, je me suis résolu à ranger ce médiocre ouvrage sur une étagère, jusqu'au jour où je me suis souvenu de quelque chose : "Mais, il y avait des CD-Roms dans le coffret !". Au final, ce fut la seule bonne chose découverte dans cette méthode : le support audio, grâce auquel on pouvait entendre du russe déclamé par des natifs du pays.

    Dans la pratique, je me suis mis à utiliser cette méthode en me focalisant uniquement sur les passages figurant en vrais caractères d'imprimerie. Il n'en demeure pas moins que, pour un document destiné à des débutants, la conception du bouquin est plus que défaillante d'un point de vue purement technique.

    Examinons un peu plus loin des passages de ce manuel. Prenons la 3ème leçon.

    rouskiy
    rouskiy

    Le pluriel des noms dès la troisième leçon ! Sans blague ! Imaginons une école française, une classe de CP, et le pluriel de mots comme clou (s), chou (x), bateau (x), corail (aux), oeil (yeux), pneu (s), feu (x), etc., le tout avant même d'avoir examiné le genre des noms : deux items en français (masculin/féminin) mais trois en russe, comme en allemand, avec le neutre. Et, avec le genre du substantif, vous avez l'accord avec l'adjectif qualificatif, toujours au singulier, le tout associé à l'éventuel déterminant (article défini [le/la], indéfini [un/une], adjectif possessif [mon/ma], démonstratif [ce, cette]). On réalise, très vite, qu'il y a des concepteurs de manuels "pour débutants" qui n'ont aucun souvenir de leurs premiers mois à l'école primaire !

    À cela s'ajoute cette calamiteuse manie, déjà évoquée, consistant à mélanger allègrement trois (3) graphies distinctes dans un manuel destiné à des débutants : 1) vrais caractères d'imprimerie, 2) vraie écriture cursive, 3) fausse écriture cursive, alors même que le chapitre concernant l'écriture manuscrite a été relégué en toute fin d'ouvrage. Mais si l'écriture cursive est si essentielle, pourquoi diable ne pas avoir inséré cette rubrique en tout début de manuel ?

    Une pure catastrophe ! Bref, tout ce qu'il ne faut pas faire dans un manuel "scolaire" pour débutants ! (*)

     

     

     

     

    (*) Précision utile : par souci de charité, pas forcément chrétienne, je ne me suis pas privé de communiquer l'adresse de ce site, ainsi que la présente rubrique, à l'éditeur de ce bien calamiteux manuel.

     

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